Le cinéma 3D relief, oui… mais comment et pourquoi faire ?
Jusqu’à très récemment je dois dire que j’étais peu convaincu par les projections en 3D relief, surtout face à la déferlante des studios américains. Déçu pour des questions d’immersion 3D, puisque tel est le sujet, et par le rendu final des films.
J’étais donc jusqu’à présent assez réfractaire au relief. Depuis le début du XXe siècle que le cinéma relief existe, il n’a jamais réussi à vraiment s’imposer dans les salles. Certes, Avatar a remis en selle ce format sans pour autant céder à la facilité, une nouveauté, et propose une immersion réussie dans l’univers du film, plutôt qu’un enchainement de projectiles bondissants vers les spectateurs.
Erreur que je trouve systématique en relief, l’inadéquations de l’écriture et sa mise en relief; souvent inadapté, trop infantile, trop facile.
La 3D ne devrait-elle pas être là pour nous immerger un peu plus dans l’histoire au lieu que nous en sortir finalement, et ne rien apporter de plus ?
Heureusement j’ai été surpris; bien au-delà de mes espérances. Le dernier film de Win Wenders, «Pina, Dance, dance, otherwise we are lost», est une oeuvre majeure qui marquera surement d’une pierre l’utilisation du relief au cinéma. Certes, il ne s’agissait pas d’une fiction conventionnelle, mais d’un film/docu, hommage, basé sur le travail de Pina Bausch et de sa troupe du Tanztheater du Wuppertal. L’immersion y est totale, justement dosée, le relief nous place à proximité des danseurs pour un spectacle et un hommage individuel à la mémoire de Pina Bausch.
© Hanway Films
La présence des corps en mouvement est incroyable, et on ne pouvait imaginer meilleur moyen technique pour restituer la splendeur des chorégraphies conçues et imaginées par Pina Bausch en collaboration avec les membres de sa troupe.
© Hanway Films
Les mouvements de la caméra accompagnent les danseurs dans ce ballet incessant. Filmé entièrement en HD avec des caméras possédant un capteur 2/3” (Sony HDC1500 et Sony HDC-P1 pour les plans au Steadycam), en courte focale, la profondeur de champ n’est plus aussi réduite qu’elle l’aurait été en 35mm. Et c’est la toute la différence, la faible profondeur de champ apporté par les grands capteurs (RED One, F35, F3, Alexa, etc.) et le 35mm n’est plus aussi présente ici.
Selon moi, la séparation des plans amenés par une faible profondeur de champ est utile en 2D, mais plus en relief. C’est un artifice qui nous permet de séparer les plans et recréer la profondeur qui nous manque tant sur le support de projection 2D qu’est l’écran. Le fait de revenir, en projection relief, à de plus grandes profondeurs de champ nous rapproche de notre vision, et l’effet est alors plus fin, plus subtil, saisissant de réalisme et ça marche ! Une réelle proximité s’installe alors entre spectateur et danseur.
© Hanway Films
Photographié par Hélène Louvart, ASC, le film a été tourné avec des optiques DigiPrimes 10mm, 14mm et 20mm suite à des tests poussés. Le stéréographe du film, personne essentielle au bon déroulement du tournage d’un film en relief, n’est autre que Alain Derobe, ASC/UP3D, pionnier du cinéma en relief en Europe. Je vous invite d’ailleurs à visiter son site, riche en renseignements sur la captation et le tournage en relief.
© Hanway Films
Win Wenders nous livre sur son site une série de questions/réponses sur le tournage et la préparation du film, c’est ici (en anglais uniquement).
Bande annonce du film Pina by Wim Wenders
Pour conclure, il est clair que le relief à un avenir; encore faut-il que l’écriture, et la mise en image soient parfaites pour immerger le spectateur dans le film et l’histoire avec subtilité et habileté…
Le site officiel du film, http://www.pina-film.de/en/, en anglais et allemand.