Éclairage au féminin, et lumière cinéma
Nous savons tous à quel point il est important de soigner la lumière sur les actrices. J’ai vu récemment un exemple frappant en regardant une émission qui va me permettre d’aborder 2 points simultanément. La douceur de l’éclairage sur un visage féminin (pas très flatteuse dans le cas présent), ainsi que la possibilité d’inclure des sources dans le champ de la caméra, pour peu qu’elles puissent être justifiées, justifiables et qu’elles servent la narration.
Le programme en question est «Rencontres de Cinéma», animée par Laurent Weil et diffusé sur Canal+. Il s’agissait de la promotion du dernier film de Fabienne Berthaud, «Pieds nus sur les limaces» (profitez-en pour regarder cette émission, car il y a quelques remarques pertinentes sur la lumière). Les actrices présentes sur le plateau étaient Diane Kruger et Ludivine Sagnier.
Le premier plan de l’émission m’a immédiatement frappé. Le parti pris du réalisateur et du chef opérateur, Victor Dupuis, allait me permettre d’expliquer quelques points sur la lumière.
Extrait de «Rencontres de Cinéma» © Canal +
Je ne sais pas vous, mais les deux réflecteurs argentés positionnés devant les actrices ont tout de suite retenu mon attention. Leur but, on s’en doute, est de créer une lumière douce sur leurs visages, et d’éliminer des ombres trop marquées par un autre éclairage situé assez haut. L’effet est plutôt réussi lorsque l’on découvre le plan serré sur Diane Kruger.
Extrait de «Rencontres de Cinéma» © Canal +
La lumière est douce, et les ombres peu présentes. On voit l’effet du réflecteur dans ses yeux (point lumineux en bas à droite), et on remarque le débouchage des ombres sous ses pommettes, son cou. Néanmoins, l’effet n’est pas flatteur, il crée une légère ombre de son nez sous son oeil gauche cadre qui n’est pas du plus bel effet (la source étant rebondi par le réflecteur, cette lumière vient alors du bas, et ce n’est pas la meilleure chose à faire). Mis à part quelques plans serrés, les axes caméras retenus ne mettaient pas en avant ce problème.
Extrait de «Rencontres de Cinéma» © Canal +
Seul un éclairage plus englobant, doux et de face, 3/4 face aurait pu limiter ce type d’ombres et aurait remplis son rôle. Cela aurait surement desservi le look que le réalisateur ou le chef opérateur avait retenu pour l’émission, mais les actrices auraient été splendides. Un look low-key avec un fond assez proche des actrices (ici un cyclo tendu pour l’occasion), mais éclairé indépendamment par 2 faisceaux croisés.
Finalement, le décor de “Haut et Court” est peu utilisé, contrairement aux dires de Laurent Weil en début d’émission.
Sur le plan général, on s’aperçoit qu’aucun travail n’a été fait pour dissimuler les sources, bien au contraire.
Extrait de «Rencontres de Cinéma» © Canal +
J’en arrive à mon second point, les lumières dans le champ. Ici, pieds, projecteurs, cyclo et réflecteurs sont clairement cadrés, volontairement. Il s’agit d’une émission sur le cinéma, alors pourquoi ne pas choisir d’y montrer un éclairage tel que l’on pourrait le faire sur un plateau ? On y parle des échanges entre acteurs et réalisateur en prépa, au moment du tournage, et l’image vient en support à la narration dans cette immersion cinématographique.
Certains photographes ont par le passé et encore aujourd’hui, pris le parti d’une telle démarche, mais de manière bien plus réussie. Annie Leibovitz photographie et se met récemment en scène avec Mikhaïl Baryshnikov pour Louis Vuitton Journey.
© Louis Vuitton / Photo par Annie Leibovitz
Ou encore, il y a quelque temps, avec Catherine Deneuve.
© Louis Vuitton / Photo par Annie Leibovitz
[MAJ au 30.11.2010]
iPhone… un outil quotidien pour DoP ?
Je me rappelle mon dernier long métrage en tant que gaffer au Maroc, l’iPhone n’était pas encore sorti, c’était durant l’été 2008. Pendant les repérages, boussole, appareil photo, carnet de notes et table d’azimut permettaient de dresser l’ensemble des documents et références donc nous aurions besoin pendant le tournage… quelques mois plus tard, j’avais moi aussi ce nouveau “téléphone” en main, et je n’aurais pas cru que quelques années plus tard il aurait supplanté nombre de ces outils que j’avais l’habitude d’utiliser…. tout en rendant mon sac plus léger !
Je ne suis pourtant pas de l’école du “tout numérique” à tout prix, la pellicule et l’argentique ont encore de beaux jours devant eux selon moi, mais une transition s’opère, et des outils qui nous rendent bien des services voient de plus en plus le jour… alors, pourquoi s’en priver ?
Il va de soit que si je devais partir dans des endroits reculés, sans réseau accessible facilement, les anciens outils reprendraient leurs places dans mon sac !
Demeurent aujourd’hui sur moi: Cellule, viseur de champ, iPhone, verre de contraste… et un bloc note; car il n’y a quand même pas plus rapide pour transmettre ou partager des informations avec le reste de l’équipe !
Voici donc une liste des applications que j’utilise régulièrement en repérage et en prépa, et ensuite la liste des outils qui me servent pendant le tournage en tant que Directeur Photo.
En repérage et en prépa,
• Google docs, impossible de m’en passer. Je fais depuis un peu plus de 2 ans la totalité de mes listes lumière, les échanges de scénarii, mémo, etc. avec les prods, loueurs, équipes, etc. C’est un outil simple, qui remplit à 99% mes besoins, et le contenu est consultable en permanence sur mon téléphone.
• Air Sharing Pro, me permet de “relier” mon téléphone avec n’importe quel ordinateur en WiFi. Je l’utilise pour rassembler mes documents PDFs relatifs aux tournages. J’inclus note de frais, titres de transport, scénarios, plan de travail, copie des listes lumières/matériel, etc.
• pCam, célèbre application développée par le 1er assistant caméra David Eubank. Existant depuis 1998 sur Palm, elle fournit quelques outils très pratiques. Équivalence d’optiques, calcul de profondeur de champ, angle de champ, calcul de compensation d’exposition, correction de couleur et filtres, Siemens star pour la mise au point (très pratique), et plein d’autres choses encore !
• My Measure, permet d’annoter des images (prise avec l’appareil photo de l’iPhone ou autre) et d’insérer des lignes de cote. Astucieux, simple et pratique pour les repérages.
• Gel Swatch Library, utile pour trouver des équivalences ou rechercher des gélatines entre fabricants. Se faire une idée et avoir les valeurs d’absorption, comparer les spectres de rendus de 2 gélatines. J’utilise le plus souvent cette application chez les loueurs, lorsque je cherche des équivalences ou autre, ça ne remplacera jamais mes nuanciers Lee et Rosco, mais ça facilite la tâche !
• Scanner Pro, pour numériser les notes de frais et autres documents que l’on ne souhaite pas transporter ou perdre… ou pour numériser des notes à envoyer par email.
• Magic Hour, me permet de connaitre l’éphéméride localement et dans d’autres pays à une date donnée. S’ajoute les prochains quartiers, pleine et nouvelle lune pour la période en cours. L’application donne aussi les heures d’aube/levé/couché/crépuscule nautique et terrestre pour le soleil et la lune, bref très complète.
• FocalWare / Helios, pour connaitre l’élévation du soleil/lune et le ratio des ombres à un jour, une heure et une position donnée. Les deux utilisent la boussole pour indiquer la position du soleil. Helios possède en plus une intégration de la carte Google maps par-dessus laquelle il inscrit la course du soleil. On peut ainsi prévoir si un bâtiment sera dans l’axe ou si un autre pourra servir de réflecteur à une heure donnée. Cela n’empêche pas un repérage, mais permet de gagner du temps.
En tournage,
• Weather Pro, car en tournage c’est le moment où l’on se transforme en météorologiste ! Les prévisions sont relativement fiables, et sur de longues durées. Attention, ça reste des approximations mathématiques et de l’interprétation donc…
• pCam, notamment pour la mire de point
• FocalWare / Helios, cette fois ce n’est plus pour calculer la trajectoire du soleil en amont d’un tournage, mais lorsqu’il y a des changements de dernière minute dans le plan de tournage et pour m’assurer que je pourrais effectivement obtenir la lumière voulue au moment de la prise… à la météo près !
• Hipstamatic, uniquement car j’aime le look unique que donne cette application à vos photos et puis c’est tellement chouette de ramener des souvenirs de tournage !
Adrien de Van / Le Lac Noir, production Imagina Studio
Et vous, quelles applications utilisez-vous quotidiennement pour la prépa ou pendant les tournages ?
Une ampoule pour bouleverser la société…
Extrait du documentaire “Prêt à jeter”
Diffusé le 15 février dernier sur Arte, “Prêt à jeter”, est un documentaire sur comment, depuis les années 1920, les industriels ont commencé à modifier leur façon de fabriquer des produits pour les rendre plus fragile et du coup accroitre la consommation. Un concept redoutable était né, l’obsolescence programmée.
Mais quel point commun avec mon blog ?
L’ampoule… aussi incroyable que cela puisse paraître, ce fut un des premiers produits à subir ce mode économique. Réduit à une durée de vie d’un maximum de 1000 heures, les ampoules à filament allaient instaurer un nouveau mode de consommation. Aujourd’hui, ces mêmes ampoules sont toujours aussi fragiles et les constructeurs/gouvernements redoubles d’arguments pour mettre en avant les technologies basses consommations (LEDs et Fluo compacte qui possèdent un IRC médiocre)…
Pourquoi ne pas inventer une ampoule de type halogène avec un filament plus solide ? Le documentaire ne répondra malheureusement pas à cette question, mais vous en posera une multitude d’autres…
Date(s) de rediffusion
Jeudi, 24. février 2011, 03h25
Réalisation . Cosima Dannoritzer
Images . Marc Martínez Sarrado
Production . Media 3.14 / Article Z
Co-production . Arte France / Télévisión Española / Télévisión de Catalunya
Every shot and every movies are different. There’s no right and wrong. Cinematography is personnal; it’s something you have to develop yourself, and there’s no easy way to do that. It’s just a matter of spending time on your own and finding it. You can’t learn it from somebody else. It’s not just technique. In fact, it’s less about technique and more about a way of seeing.
Le cinéma 3D relief, oui… mais comment et pourquoi faire ?
Jusqu’à très récemment je dois dire que j’étais peu convaincu par les projections en 3D relief, surtout face à la déferlante des studios américains. Déçu pour des questions d’immersion 3D, puisque tel est le sujet, et par le rendu final des films.
J’étais donc jusqu’à présent assez réfractaire au relief. Depuis le début du XXe siècle que le cinéma relief existe, il n’a jamais réussi à vraiment s’imposer dans les salles. Certes, Avatar a remis en selle ce format sans pour autant céder à la facilité, une nouveauté, et propose une immersion réussie dans l’univers du film, plutôt qu’un enchainement de projectiles bondissants vers les spectateurs.
Erreur que je trouve systématique en relief, l’inadéquations de l’écriture et sa mise en relief; souvent inadapté, trop infantile, trop facile.
La 3D ne devrait-elle pas être là pour nous immerger un peu plus dans l’histoire au lieu que nous en sortir finalement, et ne rien apporter de plus ?
Heureusement j’ai été surpris; bien au-delà de mes espérances. Le dernier film de Win Wenders, «Pina, Dance, dance, otherwise we are lost», est une oeuvre majeure qui marquera surement d’une pierre l’utilisation du relief au cinéma. Certes, il ne s’agissait pas d’une fiction conventionnelle, mais d’un film/docu, hommage, basé sur le travail de Pina Bausch et de sa troupe du Tanztheater du Wuppertal. L’immersion y est totale, justement dosée, le relief nous place à proximité des danseurs pour un spectacle et un hommage individuel à la mémoire de Pina Bausch.
© Hanway Films
La présence des corps en mouvement est incroyable, et on ne pouvait imaginer meilleur moyen technique pour restituer la splendeur des chorégraphies conçues et imaginées par Pina Bausch en collaboration avec les membres de sa troupe.
© Hanway Films
Les mouvements de la caméra accompagnent les danseurs dans ce ballet incessant. Filmé entièrement en HD avec des caméras possédant un capteur 2/3” (Sony HDC1500 et Sony HDC-P1 pour les plans au Steadycam), en courte focale, la profondeur de champ n’est plus aussi réduite qu’elle l’aurait été en 35mm. Et c’est la toute la différence, la faible profondeur de champ apporté par les grands capteurs (RED One, F35, F3, Alexa, etc.) et le 35mm n’est plus aussi présente ici.
Selon moi, la séparation des plans amenés par une faible profondeur de champ est utile en 2D, mais plus en relief. C’est un artifice qui nous permet de séparer les plans et recréer la profondeur qui nous manque tant sur le support de projection 2D qu’est l’écran. Le fait de revenir, en projection relief, à de plus grandes profondeurs de champ nous rapproche de notre vision, et l’effet est alors plus fin, plus subtil, saisissant de réalisme et ça marche ! Une réelle proximité s’installe alors entre spectateur et danseur.
© Hanway Films
Photographié par Hélène Louvart, ASC, le film a été tourné avec des optiques DigiPrimes 10mm, 14mm et 20mm suite à des tests poussés. Le stéréographe du film, personne essentielle au bon déroulement du tournage d’un film en relief, n’est autre que Alain Derobe, ASC/UP3D, pionnier du cinéma en relief en Europe. Je vous invite d’ailleurs à visiter son site, riche en renseignements sur la captation et le tournage en relief.
© Hanway Films
Win Wenders nous livre sur son site une série de questions/réponses sur le tournage et la préparation du film, c’est ici (en anglais uniquement).
Bande annonce du film Pina by Wim Wenders
Pour conclure, il est clair que le relief à un avenir; encore faut-il que l’écriture, et la mise en image soient parfaites pour immerger le spectateur dans le film et l’histoire avec subtilité et habileté…
Le site officiel du film, http://www.pina-film.de/en/, en anglais et allemand.
Lumières indiennes…
J’ai pu remarquer quotidiennement pendant ce mois et demi passé en Inde une qualité de lumière que je n’avais jamais rencontré ailleurs… une lumière particulière…
Delhi © Christophe Persoz
Elle est en permanence douce, comme si le soleil était diffusée par une double diffusion, #216, dans les journées les plus denses ou une légère, #251. Jamais je n’ai vu une soleil brut ni le ciel clair, comme nous sommes habitué à le voir dans nos régions. Je pensais au départ que cela était principalement dû à la pollution, mais non; dans certaines régions que j’ai pu visiter, où la pollution humaine et motorisée était quasi inexistante, cette brume légère persistait. Elle donne alors aux scènes de la vie des atmosphères incroyables parfois… notamment aux levées et couchés de soleil, un vrai régal.
Udaipur, Rajasthan © Christophe Persoz
Étonnante aussi, capacité des Indiennes à marier les couleurs de leurs saris éclatants, un vrai bonheur pour mes pupilles. Dans certaines régions comme le Rajasthan, les femmes portent souvent des pourpres, oranges, jaunes, vermillons, fuchsia, peacock, vert… à en perdre la tête !
© Christophe Persoz
Si parfois je pouvais être timoré sur l’utilisation des couleurs à l’image… là c’est sur, je n’aurais plus aucun scrupule !… Du moment que c’est adéquat évidemment.